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        <journal-title>Fundus. International Journal on the Rural World in the Roman Period</journal-title>
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        <publisher-name>Documenta Universitaria</publisher-name>
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        <article-title>L’habitat des élites romaines dans les suburbia d’Aquitaine méridionale</article-title>
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          <trans-title xml:lang="en">The habitat of Roman elites in the southern suburbia of Aquitaine: geographical and morphological approaches</trans-title>
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          <institution content-type="original">UPPA IRAA (UAR 3155). Professeur d’histoire-géographie, doctorant en archéologie et histoire ancienne, UPPA, IRAA-CNRS, Pau, France.</institution>
          <institution content-type="orgname">UPPA IRAA (UAR 3155). Professeur d’histoire-géographie, doctorant en archéologie et histoire ancienne, UPPA, IRAA-CNRS, Pau, France.</institution>
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          <institution content-type="original">UPPA IRAA (UAR 3155). Docteur en archéologie, chercheur associé IRAA-CNRS, Pau, France.</institution>
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        <corresp id="c1">corresponding author</corresp>
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        <year>2024</year>
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        <copyright-year>2024</copyright-year>
        <copyright-holder>Documenta Universitaria</copyright-holder>
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          <license-p>This is an open-access article distributed under the terms of the Creative Commons Attribution 4.0 International (CC BY 4.0).</license-p>
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      <abstract>
        <title>ABSTRACT</title>
        <p>How can suburban areas be defined? Is it possible to identify a typical model? Is there a set of markers that are sufficiently relevant to attempt to systematise the process of identification in the various provinces of the Roman Empire? Were there settlements of a particular nature and/or form in these areas? These are not new questions. They have all been tackled in their own way by numerous researchers over the last fifteen or twenty years. The research method is always the same: start with the Latin authors and their view of the environs of Rome and/or Italy’s most important conurbations, and try to find enough points of comparison with the archaeological data available on known cities to fit this ‘model’ - or at least to approach a certain definition of these famous suburbia.</p>
      </abstract>
    </article-meta>
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  <body>
    <sec id="index-0">
      <title>Introduction</title>
      <p>La thématique abordée lors de cette édition des rencontres <italic>Circa Villam</italic> n’a rien à envier à celles qui sont aujourd’hui proposées par la géographie urbaine. Les espaces périurbains sont en effet au cœur des problématiques actuelles et renvoient au processus d’urbanisation qui se réalise autour des agglomérations, aux dépens des espaces agricoles proches, désormais largement « mités ». Périurbanisation et étalement urbain s’amplifient aujourd’hui avec l’accroissement de la pression foncière de ces « espaces pleins » que sont les agglomérations actuelles, mais ce phénomène d’étalement dans le cadre d’une croissance démographique n’est pas nouveau. Les villes du bas Moyen Âge furent aussi touchées, dans une moindre mesure, à l’instar de Bruges, qui voit ses faubourgs du xiii<sup>e</sup> siècle prendre en étau le rempart du xii<sup>e</sup> siècle. Les limites de la ville sont alors repoussées au point de d’entrainer la construction d’une nouvelle enceinte en 1297-1300.</p>
      <p>Les problématiques liées à la ville antique sont toutes autres, en particulier en Aquitaine méridionale, où les morphologies urbaines, certes souvent mal identifiées, renvoient à des réalités très différentes de celles observées dans le bassin méditerranéen. À l’échelle de cette région, une ville comme <italic>Lugdunum Convenarum / </italic>Saint-Bertrand-de-Comminges côtoie des agglomérations de dimensions plus limitées, partiellement monumentalisées comme <italic>Aquae Tarbellicae /</italic> Dax ou très peu monumentalisées comme <italic>Beneharnum /</italic> Lescar, <italic>Iluro /</italic> Oloron, <italic>Turba /</italic> Tarbes ou Saint-Lizier, mais également de toutes petites agglomérations routières telles que <italic>Boios / </italic>Lamothe-Biganos, pourtant chef-lieu de cité pour au moins un temps (Cabes, 2021, p. 84-85). L. Maurin, rappelait d’ailleurs l’étonnante pauvreté, parfois même l’absence de structures véritablement liées à la vie publique au sein même de ces villes, comme l’illustre le manque saisissant d’édifices de spectacle pourtant au cœur des images classiques des villes romaines (Maurin, 2004, p. 367-368).</p>
      <p>D’une façon générale, définir le <italic>suburbium</italic> n’est pas chose aisée. En effet, si l’on se réfère aux mentions littéraires, nombreuses mais souvent floues, cet espace n’est ni la ville, ni vraiment la campagne mais plutôt en somme une sorte de « tiers-espace » (Vanier, 2000). Les études le concernant se sont d’ailleurs très longtemps principalement penchées sur le cas de Rome où l’emprise de la capitale pouvait se faire sentir dans un rayon d’environ trente kilomètres. Du point de vue des occupations élitaires qui sont l’objet de nos propos, un semi de <italic>villae </italic>d’<italic>otium</italic> a été perçu dans un rayon d’environ 7 kilomètres autour de l’<italic>Urbs </italic>(Lafon, 2001, p. 130). Mais de telles caractéristiques ne peuvent se retrouver dans les chefs-lieux de cité provinciaux, aussi considérables soient-ils, et encore moins en Aquitaine méridionale, où l’urbanisation a connu de strictes limites (Pace, 2020, p. 371-378).</p>
      <p>Les témoignages littéraires ne manquent toutefois pas. A cet égard le témoignage d’Ausone se révèle précieux lorsqu’il se plaît à rappeler qu’il aime quitter les turpitudes de <italic>Burdigala</italic> pour sa campagne « située ni loin ni trop près de la ville » (<italic>Idylles</italic>, III). Sa <italic>villa</italic> du <italic>Pagus Nouarus</italic> était alors implantée à une distance avoisinant les 3,5 kilomètres, très certainement près de l’actuel Parc Bordelais (Etienne, 1992, p. 307-308). G. Fabre a eu l’occasion de se pencher sur un passage de Servius où il est question d’un litige entre les représentants de <italic>Mantua</italic> / Mantoue et un certain Alfenus Varus qui aurait lésé les citoyens de cette cité lors d’une redistribution de terre. Le partage prévu initialement portait sur une aire de 3000 pas autour de la muraille<named-content content-type="link-text">1</named-content>, soit environ 4,4 km et un trajet d’une heure et demie environ jusqu’à la limite extérieure de cet espace. Il va sans dire que le <italic>suburbium</italic> ne peut être défini avec précision en quelques lignes (Vazeille, 2021). Les témoignages littéraires, à l’instar de celui que livre Cicéron lorsqu’il rejoint l’une de ses propriétés où il devait faire l’aller-retour dans la même journée<named-content content-type="link-text">2</named-content> ou encore celui déjà cité d’Ausone, nous invitent à fixer une limite de distance assez restreinte pour qualifier des demeures aristocratiques de suburbaines, littéralement « sous la ville ».</p>
      <p>Nous souhaiterions aborder cette question tout d’abord en inventoriant les demeures potentiellement suburbaines de ce territoire et en les spatialisant au sein des différentes cités qui composent la province. Nous tenterons d’analyser ensuite les caractéristiques morphologiques de ces établissements lorsque des plans ont pu être dressés, tout en essayant de cerner de potentielles dynamiques temporelles.</p>
      <fig id="fig-1">
        <label>Fig. 1.</label>
        <caption>
          <p>Figure 1. L’Aquitaine méridionale antique et les <italic>uillae</italic> actuellement connues.</p>
        </caption>
        <alt-text>L’Aquitaine méridionale antique et les uillae actuellement connues.</alt-text>
        <graphic xlink:href="https://www.documentauniversitaria.media/fundus/files/media/1/204-Fig1_CarteG.gif"/>
      </fig>
    </sec>
    <sec id="index-1">
      <label>1.</label>
      <title>Les villae suburbaines : approches des modalités d’implantation</title>
      <p>Au regard des difficultés rencontrées, deux exemples d’agglomérations mieux documentées que les autres sortent du lot puisque les prospections aériennes, les opérations de terrain, ainsi que les prospections géophysiques ont permis d’obtenir un regard bien plus net sur leurs trames urbaines et sur le relâchement progressif de leur tissu urbain à mesure que l’on s’éloigne de leurs centres civiques : <italic>Lugdunum Convenarum / </italic>Saint-Bertrand-de-Comminges et <italic>Elusa /</italic> Eauze.</p>
      <p>En Aquitaine méridionale —Novempopulanie de l’Antiquité tardive— les emprises urbaines ne dépassent souvent pas 15 hectares et 40-45 hectares pour les plus grandes d’entre elles au plus fort de leur occupation. Ces dimensions tranchent avec celles des chefs-lieux de cités les plus étendus du reste de l’Aquitaine augustéenne comme <italic>Burdigala / Bordeaux </italic>ou<italic> Vesunna / Périgueux</italic> et bien sûr encore davantage avec Rome qui sert le plus souvent de référence aux études portant sur les <italic>suburbia </italic>(Fig. 2)<named-content content-type="link-text">3</named-content>. De surcroit, bon nombre de petites villes du piémont pyrénéen sont sujettes à des rétractations précoces et ce dès la fin de la période flavienne (Réchin, 2008, p. 169 ; Réchin, 2013, p. 6 ; Réchin et Wozny 2013, p. 263 ; Réchin, 2023). Ces phénomènes ont pu jouer un rôle notable dans la dynamique de ces espaces périphériques et influencer la relation existant entre les espaces urbains et ruraux au sein de cette zone tampon.</p>
      <fig id="fig-2">
        <label>Fig. 2.</label>
        <caption>
          <p>Figure 2. Superficie estimée des chefs-lieux de cité antiques.</p>
        </caption>
        <alt-text>Superficie estimée des chefs-lieux de cité antiques.</alt-text>
        <graphic xlink:href="https://www.documentauniversitaria.media/fundus/files/media/1/204-Fig2.gif"/>
      </fig>
      <p>Ainsi, il semble parfois que des installations typiquement rurales côtoient directement les limites mêmes de la ville, comme à <italic>Beneharnum</italic> / Lescar où la présence d’un campement pastoral caractérisé par la présence de simples foyers constitués de galets prenait place à seulement 300 mètres du centre-ville antique (Fig. 3) (Réchin, 2008, p. 167). Celui-ci ne jouxtait aucune habitation permanente ni d’équipement public et il était sans doute séparé du tissu urbain par une zone humide.</p>
      <fig id="fig-3">
        <label>Fig. 3.</label>
        <caption>
          <p>Figure 3. Les abords de <italic>Beneharnum</italic> – Lescar.</p>
        </caption>
        <alt-text>Les abords de Beneharnum – Lescar.</alt-text>
        <graphic xlink:href="https://www.documentauniversitaria.media/fundus/files/media/1/204-Fig3_Lescar_Campements.gif"/>
      </fig>
      <p>Mais ne serait-ce finalement pas cela l’aire suburbaine ? Une zone de transition — parfois marquée dans le paysage, mais parfois non — aux portes même de ces petites villes tournées vers la campagne où d’ambitieux projets d’urbanisme ont très tôt laissé place à un espace urbain métissé, intégrant des marqueurs ruraux caractérisés. Les fouilles menées aux abords de la ville antique de <italic>Benharnum</italic> / Lescar (fouille de la côte Piteu ou de l’ADAPEI), mais aussi à <italic>Iluro</italic> / Oloron montrent en effet que si les limites urbaines peuvent être dans certains cas très tranchées —en particulier lorsqu’elles sont matérialisées par des zones humides ou le passage de ruisseaux— la proximité immédiate d’installations précaires indique toutefois dans d’autres cas l’existence d’un rayon d’attractivité particulier au sein duquel le <italic>suburbium</italic> est bel et bien à chercher.</p>
    </sec>
    <sec id="index-1-1">
      <label>1.1.</label>
      <title>Les zones suburbaines : première approche</title>
      <p>Lorsque nous avons commencé à aborder cette problématique, il nous semblait déterminant d’appréhender l’ensemble des <italic>villae</italic> installées en périphérie des villes afin d’en circonscrire leur nombre exact ainsi que leurs spécificités géographiques et architecturales. Fort de nos recherches doctorales respectives, nous avons remarqué que si d’un point de vue quantitatif les données ne manquaient pas (Fig. 4), il nous fallait tout de même effectuer un tri rigoureux afin de ne conserver que les sites véritablement placés dans le domaine <italic>suburbain.</italic> Cette question aurait pu être tranchée en arrêtant notre choix de façon arbitraire sur un rayon déterminé à l’avance autour des principales agglomérations sud-aquitaines connues. Mais cette journée d’étude nous est apparue comme une bonne occasion de mieux cerner la question des espaces suburbains sud aquitains, encore peu traitée, notamment sur un plan méthodologique.</p>
      <p>D’un point de vue géographique, la question est particulièrement intéressante. Dans le cas où aucun marqueur hydrographique ou topographique n’intervient clairement, comment distinguer l’urbain du suburbain, cet espace qui change progressivement de visage à mesure que l’on s’éloigne de la ville avant de devenir purement rural ? La définition même de <italic>suburbium</italic> varie en fonction de nombreux paramètres locaux, qu’ils soient historiques, économiques, environnementaux, démographiques, et touche évidemment de près à l’aspect même de la ville et de sa campagne.</p>
      <fig id="fig-4">
        <label>Fig. 4.</label>
        <caption>
          <p>Figure 4. Densité des <italic>uillae</italic> d’Aquitaine méridionale.</p>
        </caption>
        <alt-text>Densité des uillae d’Aquitaine méridionale.</alt-text>
        <graphic xlink:href="https://www.documentauniversitaria.media/fundus/files/media/1/204-Fig4_DensiteKernel.gif"/>
      </fig>
      <p>L’une des approches les plus probantes pour tenter de circonscrire cet espace a été de travailler sur le rapport géographique de « distance-temps ». Ce rapport tient compte du fait qu’à partir d’une certaine distance parcourue, l’individu quitte les avantages propres à la ville et à son influence. P. Arnaud estime à ce sujet « <italic>qu’il est nécessaire que les propriétaires et acteurs économiques installés dans cet espace suburbain soient en possibilité d’exercer des relations intimes et fréquentes avec la ville </italic>» (Arnaud, 1998, p. 63-81), ce qui suppose qu’ils soient contenus dans un espace n’excédant pas trois heures de marche, par exemple pour que les coûts de transports ne soient pas trop élevés au regard du prix de vente des produits. Il décrit cette zone d’attraction économique comme englobant un espace de neuf kilomètres sur un terrain plat. Mais, selon lui, ce chiffre est un « extrême » et connait de nombreuses modulations en fonction du pouvoir attractif de la ville car toutes n’ont pas la force polarisatrice de l’<italic>Urbs</italic>.</p>
      <p>Cette approche est cohérente avec ce qui se dégage des propos d’Ausone qui fuit <italic>Burdigala</italic> pour sa « campagne<italic> </italic>» (Idylles, III, 22-25), ou encore de ceux de Pline le Jeune qui fait état des mêmes préoccupations dans les lettres destinées à son ami Caninius Rufus (<italic>Epistulae</italic>, 1, 3, 1, 2). Cette question d’accessibilité rapide semble être importante pour les auteurs latins, comme le montre par exemple Tacite lorsqu’il décrit le déplacement de Sénèque vers sa résidence de plaisance, à environ 6 km de Rome (<italic>Annales</italic>, 15, 60, 19). Toutefois, aucune de ces sources ne permet de définir l’emprise de la zone suburbaine, ce qui permet à certains chercheurs de l’étendre jusqu’à des distances supérieures à 30 km de la capitale romaine. Compte tenu des gabarits limités des villes sud-aquitaines et de leur assez faible capacité à attirer et à conserver auprès d’elle un haut niveau d’activités, d’infrastructures et d’habitats caractéristiques des espaces suburbains classiques, il est douteux que leur zone suburbaine puisse s’étendre aussi loin.</p>
      <p>En conséquence, l’heure — ou l’heure et demie — de marche nous a d’abord semblé être un point de départ convenable pour notre réflexion. Mais en acceptant une vitesse de 5 km/h sur terrain plat, le rayon d’influence qui en résulte nous a paru disproportionné au regard de la réalité concrète des dossiers concernant de certaines petites villes prises en compte. Effectivement, il est difficile d’imaginer qu’une agglomération urbaine de 13 à 15 ha comme Lescar ou Oloron organise autour d’elle une zone suburbaine comparable à celle d’Auch, Saint-Bertrand-de-Comminges, Lectoure ou Eauze. Il était donc indispensable de compléter cette approche en y ajoutant d’autres marqueurs discriminants.</p>
      <p>M. Reddé propose une approche plus descriptive pour présenter l’espace suburbain. Bien qu’il parte du modèle de la ville de Rome, son approche peut être transposée dans une certaine mesure aux villes de Gaule en suivant cette description : <italic>« au début de l’Empire, […] [c’est] un ensemble complexe où s’entremêlent villas d’agrément et/ou de rapport, petites exploitations, jardins, zones maraîchères, nécropoles en bordure des grandes voies, avec de grands tombeaux en marge des domaines mais aussi des sépultures plus modestes, des sanctuaires et leurs annexes, ainsi que des hameaux. Il s’agit donc d’un espace plein, complètement anthropisé, nullement d’une campagne idyllique à l’état ‘naturel’ » (</italic>Reddé 2016, p. 650). Nous ne bénéficions évidemment pas des données archéologiques suffisantes pour appréhender cette notion « d’espace plein » en Aquitaine méridionale. Cependant, le cadre d’analyse proposé par M. Réddé recoupe le bilan général offert par l’étude d’A. Vazeille (Vazeille, 2021) et permet de dégager un ensemble de marqueurs archéologiques pertinents qui pourraient aider à la définition d’une aire suburbaine.</p>
      <p>En recoupant l’ensemble de ces approches, l’espace suburbain peut être défini à partir de trois catégories différentes de marqueurs : tout d’abord les marqueurs funéraires et religieux, ensuite les marqueurs d’habitats isolés ou groupés et enfin les marqueurs de structures productives (fermes et <italic>villae</italic>). A cela s’ajoute le fait que les recherches précédemment mentionnées ont montré que l’aire suburbaine était également un lieu de mixité sociale où se mêlent les intérêts économiques et culturels de différents groupes de population. Enfin, nous avons également pris en compte la décroissance de la densité d’occupation au fur et à mesure que l’on s’éloigne de la ville.</p>
      <p>En conséquence, nous retiendrons ici les marqueurs archéologiques suivants, que nous pensons être pertinents pour une première approche des aires suburbaines :</p>
    </sec>
    <sec id="index-1-2">
      <label>1.2.</label>
      <title>Définition des aires suburbaines par les marqueurs archéologiques</title>
      <p>Comme nous l’avons vu précédemment, les tentatives de définition des aires suburbaines passent par la constitution d’un corpus de sites clairement identifiés et précisément géoréférencés afin de mener des analyses spatiales pertinentes. Il nous faut dès lors préciser que si les données disponibles sont souvent inégales d’une cité à l’autre, les recherches menées ces dernières années dans le cadre de nos thèses respectives<named-content content-type="link-text">4</named-content> couplées aux résultats d’opérations préventives menées aux abords de certaines agglomérations antiques, permettent maintenant de nous appuyer sur un ensemble de données pertinentes. Cette documentation a pu être complétée par l’intégration des entités archéologiques (EA) antiques issues de la base Patriarche<named-content content-type="link-text">5</named-content> de Nouvelle-Aquitaine et d’Occitanie.</p>
      <p>Les analyses menées autour des villes nous ont permis de mettre en lumière deux éléments intéressants. Tout d’abord, la répartition du semis de points a logiquement mis en évidence l’existence de zones de concentration dont la densité décroit à mesure que l’on s’éloigne de ces principaux pôles urbains. Il serait tentant d’y lire les premiers contours d’une zone suburbaine, mais ce semis de points doit impérativement être pondéré en fonction de la nature des sites. Ensuite, cette première approche nous a également permis de conclure qu’aucune règle commune à l’ensemble des villes abordées ne peut être envisagé. Il nous a donc semblé impératif d’examiner la situation au cas par cas, afin de circonscrire, ville par ville, une aire suburbaine probable.</p>
      <p>Plusieurs exemples peuvent nous aider à mieux cerner les difficultés rencontrées. Ainsi, les villes de <italic>Cossium / </italic>Bazas, de <italic>Boios / </italic>Lamothe-Biganos ainsi que le chef-lieu des <italic>Consorannii, </italic>Saint-Girons, demeurent encore aujourd’hui assez mal connues, tant et si bien que nous ne pouvons guère circonscrire les contours de leur emprise urbaine. Cette situation conduit à minorer la pertinence des marqueurs retenus à leur périphérie. Il reste que la répartition diffuse des établissements à l’intérieur d’une zone périphérique de 3 à 4 km environ permet toutefois de définir une zone suburbaine utilisable (Fig. 5). Faute de mieux nous avons donc choisi de retenir une zone suburbaine assez large qui pourra être affiné au gré des découvertes à venir.</p>
      <fig id="fig-5">
        <label>Fig. 5.</label>
        <caption>
          <p>Figure 5. Les abords de <italic>Boios</italic> – Lamothe-Biganois et de <italic>Cossium</italic> – Bazas.</p>
        </caption>
        <alt-text>Les abords de Boios – Lamothe-Biganois et de Cossium – Bazas.</alt-text>
        <graphic xlink:href="https://www.documentauniversitaria.media/fundus/files/media/1/204-Fig5_Boios_Cossium.gif"/>
      </fig>
      <p>Un autre exemple montre que l’extension de l’emprise suburbaine n’est pas forcément liée à la taille de la ville ni même à un véritable déficit de connaissance à son sujet. La ville de <italic>Lugdunum Convenarum / </italic>Saint-Bertrand-de-Comminges reste l’une des plus importantes agglomérations d’Aquitaine méridionale et elle a bénéficié de recherches archéologiques notables qui en font sans doute l’une des agglomérations urbaines antiques les mieux connues d’Aquitaine méridionale (Fig. 6). Il apparaît que son extension est très certainement tributaire des contraintes topographiques environnantes dont ne souffrent pas des villes telles qu’<italic>Elimberri / </italic>Auch ou <italic>Aquae Tarbellicae / </italic>Dax, ce qui est sans doute à prendre en considération. On relève en effet que son emprise suburbaine semble avoir été plus concentrée que dans le cas de villes davantage ouvertes de la région, comme l’indique en particulier la proximité immédiate de la <italic>villa suburbana</italic> du Coupéré, à seulement 233 m du centre-ville.</p>
      <fig id="fig-6">
        <label>Fig. 6.</label>
        <caption>
          <p>Figure 6. Les abords de <italic>Lugdunum Convenarum</italic> – Saint-Bertrand-de-Comminges</p>
        </caption>
        <alt-text>Les abords de Lugdunum Convenarum – Saint-Bertrand-de-Comminges</alt-text>
        <graphic xlink:href="https://www.documentauniversitaria.media/fundus/files/media/1/204-Fig6_LugdunumConvenarum.gif"/>
      </fig>
      <p>Le cas de Dax pose quant à lui un certain nombre de questions puisqu’en dépit d’une emprise urbaine pouvant atteindre les 20-25 ha au plus fort du Haut-Empire, la répartition des marqueurs retenus est assez ramassée dans l’espace (Fig. 7). Deux <italic>villae </italic>suburbaines marquent les pourtours immédiats de la ville, à 306 et 333 m de l’ilot central, de part et d’autre de la voie partant vers Lescar : <italic>Beneharnum</italic> / (situé pour l’une à 100 m et à 150 m pour la seconde). Au-delà, une rupture peut être observée à environ 1 km à la sortie de la ville, où l’on note déjà une forte raréfaction des marqueurs d’occupation pérennes. Toutefois, en acceptant d’étendre cette zone, de nouveaux marqueurs pertinents apparaissent sous la forme d’habitats et d’installations artisanales, à l’image des sites d’Arles, fouillés par F. Marembert (Marembert, 2012) et celui de Rue Pascal Laffite 2 approché lors de différentes opérations préventives, notamment par N. Béague (Béague, 2012). Ces deux sites viennent selon nous marquer les limites suburbaines de la ville respectivement à 2,2 et 2,8 km du centre. Comme l’a rappelé A. Vazeille, les espaces suburbains étaient aussi constitués d’habitats modestes et de lieux d’artisanat parfois assez importants, ce qui est confirmé par les sources latines (par exemple Tacite (<italic>Historiae</italic>, III, 28, 4), Servius (<italic>In Vergilii Aeneidos Libros¸</italic>I, 421, 7), ou encore Isidore de Séville (<italic>Etymologiae</italic>, 15, 2, 16).</p>
      <fig id="fig-7">
        <label>Fig. 7.</label>
        <caption>
          <p>Figure 7. Les abords d’<italic>Aquae Tarbellicae</italic> – Dax.</p>
        </caption>
        <alt-text>Les abords d’ Aquae Tarbellicae – Dax.</alt-text>
        <graphic xlink:href="https://www.documentauniversitaria.media/fundus/files/media/1/204-Fig7_AquaeTarbellicae.gif"/>
      </fig>
      <p>Un autre exemple concordant peut être trouvé dans la périphérie de <italic>Beneharnum / </italic>Lescar, au quartier Cadelhon (Fig. 8), à précisément 3 km du centre-ville du Haut-Empire et à moins de 2,5 km du centre-ville tardif. Il pourrait bien s’agir ici d’une ultime ceinture d’activité péri-urbaine composée d’une petite ferme et probablement aussi d’un sanctuaire.</p>
      <fig id="fig-8">
        <label>Fig. 8.</label>
        <caption>
          <p>Figure 8. Les abords de <italic>Beneharnum</italic> – Lescar et d’<italic>Iluro</italic> – Oloron-Sainte-Marie</p>
        </caption>
        <alt-text>Les abords de Beneharnum – Lescar et d’ Iluro – Oloron-Sainte-Marie</alt-text>
        <graphic xlink:href="https://www.documentauniversitaria.media/fundus/files/media/1/204-Fig8_LescarOloron.gif"/>
      </fig>
      <p>Enfin, autour des deux agglomérations gersoises d’<italic>Elimberri / </italic>Auch et de <italic>Lactora / </italic>Lectoure, la répartition des marqueurs semble homogène à l’intérieur d’une auréole plus large de près de 5 km et peut-être même jusqu’à environ 6,6 ou 6,8 km (Fig. 9). Ici, l’hôtellerie de La Goudagne, localisée à moins de 7 km au nord d’<italic>Elimberri / </italic>Auch interroge en effet par sa nature et sa relation à la ville. Elle est implantée bien en deçà des distances habituellement connues pour l’implantation d’un relais routier (qu’il s’agisse d’une <italic>mutatio</italic> ou d’une <italic>mansio</italic>). D’un point de vue spatial et très certainement économique, l’établissement est étroitement lié à l’agglomération d’<italic>Elimberri</italic> / Auch et au passage de voie Nord-Sud menant d’<italic>Aginnum / </italic>Agen à <italic>Lugdunum Convenarum / </italic>Saint-Bertrand-de-Comminges, en passant par <italic>Lactora / </italic>Lectoure. Le fait que cette hôtellerie soit implantée aux abords de l’agglomération antique d’Auch dessine très certainement les marges les plus extrêmes d’une possible zone suburbaine.</p>
      <fig id="fig-9">
        <label>Fig. 9.</label>
        <caption>
          <p>Figure 9. Approches des cités de <italic>Lactora</italic> – Lectoure, <italic>Elusa</italic> – Eauze et d’<italic>Elimberri</italic> – Auc.</p>
        </caption>
        <alt-text>Approches des cités de Lactora – Lectoure, Elusa – Eauze et d’ Elimberri – Auc.</alt-text>
        <graphic xlink:href="https://www.documentauniversitaria.media/fundus/files/media/1/204-Fig9_GersAntique2.gif"/>
      </fig>
      <p>A titre de comparaison, un établissement comparable a été approché dans un contexte suburbain à <italic>Augustonemetum</italic> / Clermont-Ferrand —bien qu’il soit légèrement plus proche du centre-ville. Ph. Leveau proposait de situer ces auberges et autres hôtelleries dans des zones suburbaines. A. Vazeille rappelle d’ailleurs que <italic>« la situation topographique de cet établissement, en dehors des limites urbaines, montre que nous nous trouvons dans la périphérie de la ville et nous donne des éléments intéressants sur le fonctionnement de cet espace où étaient détournés les voyageurs de passage » </italic>(Vazeille, 2021, p. 360).</p>
    </sec>
    <sec id="index-1-3">
      <label>1.3.</label>
      <title>Essai de classification des zones suburbaines d’Aquitaine méridionale</title>
      <p>Nous avons pu définir 5 à 6 niveaux d’extension de zones suburbaines. Ces conclusions restent bien évidemment à affiner dans la mesure où nous avons fondé nos analyses sur des distances strictement isotropiques. Si l’essentiel des agglomérations sud-aquitaines est implanté dans des secteurs relativement plats, la topographie peut rapidement changer à mesure que l’on s’éloigne d’elles. De la même façon, les zones suburbaines définies ici par un cercle (zone tampon – <italic>buffer</italic>), peuvent être contestables puisqu’elles intègrent de façon homogène la diversité des espaces situés dans leur rayon. Il faut toutefois remarquer que certains secteurs de ces zones suburbaines semblent avoir été privilégiés, ce qui traduit bel et bien l’inégalité des potentiels d’aménagement de ces espaces périphériques.</p>
      <p>Ainsi, nous avons pu définir des espaces suburbains cohérents au sein desquels nous avons pu observer 48 <italic>villae</italic>. Celles-ci se répartissent en 5 catégories différentes (Fig. 10) :</p>
      <fig id="fig-10">
        <label>Fig. 10.</label>
        <caption>
          <p>Figure 10. Essai de catégorisation des emprises suburbaines probables en Aquitaine méridionale.</p>
        </caption>
        <alt-text>Essai de catégorisation des emprises suburbaines probables en Aquitaine méridionale.</alt-text>
        <graphic xlink:href="https://www.documentauniversitaria.media/fundus/files/media/1/204-Fig10.gif"/>
      </fig>
      <p>Pour compléter cette approche spatiale, nous avons séparé nos analyses en fonction du niveau hiérarchique des villes :</p>
      <p>Notons d’emblée qu’il semble se dégager une première tendance qui voit se dessiner un rayon placé de 1 à 3 km des centres-villes au sein duquel se trouve un plus grand nombre de <italic>villa</italic> qu’ailleurs. Si le faible nombre de sites repérés en périphérie des petites agglomérations (plutôt entre 1 et 2 km) ne permet pas d’être totalement péremptoire à ce sujet, nos analyses semblent tout de corroborer la tendance observée chez les chefs-lieux de cité où la distance est plutôt de l’ordre de 2 à 3 km.</p>
      <fig id="fig-11">
        <label>Fig. 11.</label>
        <caption>
          <p>Figure 11. Histogramme : distance des <italic>uillae</italic> suburbaines par rapport aux centres villes antiques (Agglomérations principales seulement).</p>
        </caption>
        <alt-text>Histogramme : distance des uillae suburbaines par rapport aux centres villes antiques (Agglomérations principales seulement).</alt-text>
        <graphic xlink:href="https://www.documentauniversitaria.media/fundus/files/media/1/204-Fig11.gif"/>
      </fig>
      <fig id="fig-12">
        <label>Fig. 12.</label>
        <caption>
          <p>Figure 12. Histogramme : distance des <italic>uillae</italic> suburbaines par rapport aux centres villes antiques (Agglomérations secondaires seulement).</p>
        </caption>
        <alt-text>Histogramme : distance des uillae suburbaines par rapport aux centres villes antiques (Agglomérations secondaires seulement).</alt-text>
        <graphic xlink:href="https://www.documentauniversitaria.media/fundus/files/media/1/204-Fig12.gif"/>
      </fig>
      <fig id="fig-13">
        <label>Fig. 13.</label>
        <caption>
          <p>Figure 13. Histogramme : distance des <italic>uillae</italic> suburbaines par rapport aux centres villes antiques (Agglomérations principales et secondaires).</p>
        </caption>
        <alt-text>Histogramme : distance des uillae suburbaines par rapport aux centres villes antiques (Agglomérations principales et secondaires).</alt-text>
        <graphic xlink:href="https://www.documentauniversitaria.media/fundus/files/media/1/204-Fig13.gif"/>
      </fig>
      <p>On retrouve la plupart du temps une première ceinture d’activités artisanales bordant directement la ville et côtoyant fréquemment — au moins durant l’Antiquité tardive — de grandes <italic>domus </italic>et des établissements publics plus ou moins conservés. Cette première ceinture inférieure au kilomètre est assez rarement marquée par la présence de <italic>villae </italic>suburbaines<italic> : </italic>seules 12,5 % des <italic>villae</italic> semblent se répartir dans un espace placé entre 200 et 1000 m. des limites urbaines, tous types de villes confondus. Si l’on affine un peu cette analyse en retenant les deux catégories urbaines à la fois (chefs-lieux de l’Antiquité tardive d’une part et agglomérations secondaires d’autre part), la répartition des données devient un peu plus clivée puisque seulement 9 % des <italic>villae</italic>, se trouvent dans un rayon de 200 à 1000 m des chefs-lieux de l’Antiquité tardive, alors que l’on retrouve 28,5 % des <italic>villae</italic> dans ce même rayon autour des agglomérations secondaires.</p>
      <p>A une distance comprise entre 1 et 2 km des centres-villes, il est possible d’observer un pic notable de près de 23 % des <italic>villae</italic> suburbaines (toute catégories urbaines confondues). Cette proportion ne change pas si l’on ne prend en compte que les chefs-lieux de cité (24,4 %). En revanche, nous ne connaissons — pour le moment — qu’un seul site implanté entre 1 et 2 km d’une agglomération secondaire (<italic>villa </italic>de Saint-Girons en périphérie de <italic>Cella / </italic>Maubourguet).</p>
      <p>Ces pourcentages augmentent encore jusqu’à une distance de 3 km des centres-villes, avant de décroitre progressivement : 35,4 % des sites se trouvent dans un rayon de 2 à 3 km des agglomérations principales et secondaires (34,1 % en ne prenant que les <italic>villae</italic> en périphérie des chefs-lieux de cité de l’Antiquité tardive et 42 % en ne prenant que celles qui sont placées autour des agglomérations secondaires). Ajoutons que 0,8 % des <italic>villae</italic> qui se situent dans un rayon de 6 km autour des agglomérations principales et secondaires se concentrent dans la zone qui s’étend entre 200 m et 3 km des principaux centres agglomérés de la période romaine. Cette distance nous semble donc définir une zone suburbaine moyenne qu’il faut toutefois nuancer empiriquement au cas par cas, notamment en fonction des données disponibles, comme par exemple à Auch et Lectoure qui se distinguent des autres sites urbains par le nombre plus important de <italic>villae</italic> qui les environnent.</p>
      <p>Après avoir dressé ce premier bilan fondé sur une approche spatiale, il convient d’examiner maintenant la situation d’un point vue architectural au sein des établissements retenus grâce à notre approche géographique.</p>
    </sec>
    <sec id="index-2">
      <label>2.</label>
      <title>Morphologie et architecture des villae suburbanae : quelques pistes de réflexion</title>
    </sec>
    <sec id="index-2-1">
      <label>2.1.</label>
      <title>Présentation générale du corpus et chronologie</title>
      <p>Le rayon de 5-6 km situé autour des villes antiques nous ayant paru pertinent pour définir le périmètre suburbain au sein duquel elles étaient insérées, un corpus de 48 demeures rurales a pu être retenu. Sur ce total, 17 ne présentent aucun élément de datation, même indicatif, soit un peu plus de 35 % du corpus. 65 % des sites seulement nous fournissent donc des informations chronologiques, ce qui est en partie dû à l’ancienneté de certaines données puisque 14 sites ont été découverts entre le XVI<sup>e</sup> et le XIX<sup>e</sup> s. Nous préciserons aussi que 30 sites sur 48 ne nous sont connus que par des découvertes fortuites, mais que 17 ont fait l’objet d’interventions archéologiques. Parmi ceux-là, il est possible de dénombrer 15 prospections pédestres, 12 prospections aériennes, 7 fouilles de sauvetage, 7 fouilles programmées et 4 sondages. Ces opérations ont donc permis de préciser la documentation pour 64,5 % des sites. Ainsi, 25 sites, soit un peu plus de la moitié, présentent au moins une phase alto-impériale et 22 au moins une phase tardo-antique. Enfin, 18 sites peuvent être calés plus précisément sur le plan chronologique. Ils ont tous été créés durant le Haut-Empire, et parmi eux, 9 sites l’ont été entre 10 et 50 p.C., donc assez précocement, en liaison avec la constitution des villes. Seuls quelques établissements sont des créations plus tardives comme celle de « L’Ormeau » de Tarbes à l’époque flavienne ou encore de « Coupéré » à Saint-Bertrand-de-Comminges à la fin du II<sup>e</sup> ou au début du III<sup>e</sup> s. Notons également que leur longévité semble être une des caractéristiques remarquables de ces établissements suburbains, qui connaissent une durée d’occupation moyenne avoisinant 339 ans (Fig. 14). Seul un site périclite assez vite, « Estoube » à Lectoure ne reste en activité qu’environ 55 ans. On ne peut évidemment pas tirer de généralités à partir d’un peu plus d’un tiers du <italic>corpus</italic> correctement daté, mais il se trouve que les abandons de ces sites suburbains sont en majorité assez tardifs : « Saint-Hyppolite » à Bazas est abandonné dans le premier quart du iv<sup>e</sup> siècle, 7 sites dans la première moitié du v<sup>e</sup> siècle, et les <italic>villae suburbanae</italic> de « Coupéré » et « Céros » ne semblent délaissées qu’à la fin V<sup>e</sup> ou au début du vi<sup>e</sup> siècle.</p>
      <fig id="fig-14">
        <label>Fig. 14.</label>
        <caption>
          <p>Figure 14. Longévité des <italic>uillae</italic> suburbaines les mieux datées.</p>
        </caption>
        <alt-text>Longévité des uillae suburbaines les mieux datées.</alt-text>
        <graphic xlink:href="https://www.documentauniversitaria.media/fundus/files/media/1/204-Fig14.gif"/>
      </fig>
      <p>En résumé, sur cet échantillon de 18 sites correctement datés, on observe un grand mouvement de création d’établissements entre les années 10 et la dernière décennie du i<sup>er</sup> siècle (Fig. 15). L’apogée est atteinte autour de 100 avec 18 <italic>villae </italic>suburbaines en activité. S’en suit une phase de stabilisation où 17 établissements continuent de fonctionner tout au long des ii<sup>e</sup> et iii<sup>e</sup> siècle et sur les trois quarts du iv<sup>e</sup> siècle. Une première inflexion intervient à partir des années 380 et jusqu’au début du v<sup>e</sup> siècle où l’on passe progressivement de 17 établissements actifs à 10. La deuxième décennie du v<sup>e</sup> siècle voit alors un effondrement des effectifs car seules 4 <italic>villae suburbanae</italic> se maintiennent, passant à 3 entre les années 430 à 450 puis à 2 entre 460 et le début du vi<sup>e</sup> siècle.</p>
      <fig id="fig-15">
        <label>Fig. 15.</label>
        <caption>
          <p>Figure 15. Évolution dans le temps long des 18 <italic>uillae</italic> suburbaines datées.</p>
        </caption>
        <alt-text>Évolution dans le temps long des 18 uillae suburbaines datées.</alt-text>
        <graphic xlink:href="https://www.documentauniversitaria.media/fundus/files/media/1/204-Fig15.gif"/>
      </fig>
    </sec>
    <sec id="index-2-2">
      <label>2.2.</label>
      <title>Approche empirique de quelques habitats élitaires suburbains</title>
      <p>Jusqu’à présent, peu a été spécifiquement écrit sur l’architecture de ces <italic>villae suburbanae </italic>d’Aquitaine et il y a une vingtaine d’années, lorsque C. Balmelle a édité son habilitation à diriger des recherches, très peu de plans étaient encore disponibles. Il en était toutefois ainsi de la <italic>villa </italic>du quartier Saint-Michel de Lescar<named-content content-type="link-text">6</named-content> (Fig. 16). La première <italic>pars urbana</italic>, sans doute édifiée dans la première moitié du i<sup>er</sup> s. p.C., s’étendait sur une surface de 1653 m<sup>2</sup> et son implantation, à 1,4 km de la ville antique, ne laisse planer aucun doute sur son caractère suburbain. Ce premier établissement est formé d’un simple bâtiment quadrangulaire dans sa phase initiale. Dans un deuxième temps, entre la fin du I<sup>er</sup> et le milieu du ii<sup>e</sup> siècle, deux ailes sont rajoutées à l’est et à l’ouest, encadrent une cour fermée de 656,2 m<sup>2</sup>. Une grande galerie de façade de 156,6 m<sup>2</sup> se développe alors sur le bâtiment principal permettant d’ouvrir la vue sur la chaîne des Pyrénées, confirmant ainsi son aspect aristocratique dès le Haut-Empire. De façon classique en Aquitaine méridionale, cette première <italic>villa suburbana</italic> est ensuite entièrement reconstruite et monumentalisée au début du iv<sup>e</sup> siècle. Il en est de même dans les cas bien documentés des <italic>villae</italic> de Lalonquette dans les Pyrénées-Atlantiques et de Séviac dans le Gers qui montrent aussi une réorganisation totale autour d’un grand péristyle qui organise l’ensemble des pièces d’habitation. A Lescar, la maison de maître ne compte pas moins de 40 salles pour une superficie totale de 2381,38 m<sup>2</sup> et une surface couverte de 2003, 46 m<sup>2</sup>. Le <italic>dominus</italic> accueillait le visiteur par une entrée donnant sur une majestueuse cour semi-circulaire de 91, 74 m<sup>2</sup> bordée par une galerie arrondie de 150 m<sup>2</sup>. La mise en scène est assez spectaculaire tant et si bien qu’aucune autre <italic>villa</italic> suburbaine ne peut actuellement se targuer de présenter de tels éléments d’apparat. Le visiteur poursuivait son chemin en entrant directement sur le grand péristyle carré dont la cour de 227 m<sup>2</sup> de surface était bordée d’une galerie quadrangulaire de plus de 300 m<sup>2</sup>. Un ensemble de 32 salles rectangulaires de tailles variées se déployait alors au sud, à l’est et à l’ouest. La plus grande salle de réception atteignait quant à elle une superficie de 152 m<sup>2</sup>. Celle-ci conduisait à une pièce carrée ornée d’une mosaïque géométrique présentant à l’intérieur quatre absides rayonnantes semi-circulaires ainsi que quatre renforcements rectangulaires (Balmelle, 2001, p. 169). Deux de ces excroissances pouvaient servir de passage entre deux mondes symboliques. Le premier passage provient de l’intérieur de la bâtisse (péristyle puis grande salle de réception), symbole d’une nature domestiquée et ordonnée par la civilisation romaine. Le deuxième passage, qui lui faisait face ouvrait directement vers une grande galerie belvédère donnant directement sur la chaîne des Pyrénées, paysage magnifique symbolisant la nature sauvage. Nous supposerons que cette salle carrée mosaïquée, pièce maîtresse de la mise en scène, pouvait être ornée de quatre statues logées dans les quatre absides. L’agencement très travaillé de cette <italic>villa</italic> suburbaine nous montre les efforts dispendieux consentis par le maître afin d’affirmer son rang. Cette demeure, à seulement une demi-heure de marche de la ville de Lescar, devait jouer un rôle majeur dans les affaires du <italic>dominus</italic> qui pouvait y recevoir sa clientèle et lui démontrer toute sa puissance et sa richesse. Nous nous devons aussi de souligner que l’un des propriétaires a pu appartenir à la puissante <italic>gens </italic>aquitaine des <italic>Valerii</italic><named-content content-type="link-text">7</named-content>. Il pouvait s’agir de L(ucius) V(alerius) Val(etianus) s’il on admet que les dalles en céramique qui couvraient le fond d’un canal découvert dans la basse-ville portant la double estampille L.V.VAL aient été offertes ou vendues par lui à l’occasion d’un acte d’évergétisme (Gangloff, 2008).</p>
      <p>Si le cas de la <italic>villa</italic> du quartier « Saint-Michel » de Lescar était connu de C. Balmelle en 2001, de nouvelles données sont apparues depuis cette date.</p>
      <fig id="fig-16">
        <label>Fig. 16.</label>
        <caption>
          <p>Figure 16. Évolution architecturale de la <italic>uilla</italic> suburbaine de Lescar.</p>
        </caption>
        <alt-text>Évolution architecturale de la uilla suburbaine de Lescar.</alt-text>
        <graphic xlink:href="https://www.documentauniversitaria.media/fundus/files/media/1/204-Fig16+-+Lescar.gif"/>
      </fig>
      <p>Commençons par le cas de la <italic>villa</italic> d’ « Estoube » à Lectoure fouillée en 2010 (Landou, Veyssière, 2012). Elle fait partie des 12 <italic>villae</italic> suburbaines identifiées autour de la ville antique de Lectoure. Il s’agit d’un petit établissement du Haut-Empire couvrant 722 m<sup>2</sup> (cour comprise) à la durée d’occupation très courte. Elle est en effet fondée vers 15 et abandonnée autour de 70. Son plan prend la forme d’un « U » matérialisé par une galerie à trois branches d’environ 155 m<sup>2</sup> qui ouvre sur une cour d’environ 253 m<sup>2</sup> tapissée de graviers, de cailloux et de fragments de tuiles (Fig. 17a). Dans la cour, nous soulignerons la présence d’une petite construction carrée en terre crue pouvant correspondre au négatif d’un socle de statue ou d’une fontaine aujourd’hui disparu(e). Au total, 12 salles se répartissent à l’ouest et au sud de la galerie pour une surface couverte assez modeste de l’ordre de 468, 8 m<sup>2</sup>. Quatre pièces rectangulaires en enfilade correspondent à la partie d’habitation dont la plus grande salle centrale de 68,2 m<sup>2</sup> doit être interprétée comme un <italic>triclinium</italic>. L’aile sud-ouest a quant à elle été identifiée à un balnéaire. Celui-ci était accessible par l’extérieur où un porche soutenu par deux piliers a été repéré. Ce porche permettait de faire le lien avec une <italic>natatio</italic> extérieure d’environ 41 m<sup>2</sup> qui fermait la cour au sud. Une salle centrale avec une abside en saillie de 19,5 m<sup>2</sup> (très certainement le <italic>frigidarium</italic>) est encadrée de deux petites salles carrées de 13 m<sup>2</sup> chacune. Une petite citerne d’environ 2 m<sup>2</sup> a été dégagée dans l’angle ouest du balnéaire. Celle-ci pouvait certainement se remplir en récupérant l’eau de la toiture. Cette <italic>villa</italic> modeste présente enfin une cage d’escalier nous invitant à penser que la superficie pouvait être doublée dans l’aile ouest, confirmant probablement que la plupart de ces <italic>villae </italic>en « U » possédait un étage<named-content content-type="link-text">8</named-content>.</p>
      <p>Un deuxième plan de <italic>villa</italic> a été répéré par C. Petit-Aupert dans le <italic>suburbium</italic> de Lectoure, au lieu-dit « Au Moulin » (Petit-Aupert, 2006). Si nous ne connaissons pas le nombre exact de pièces, l’organisation générale est cependant très claire (Fig. 17b). Il doit certainement s’agir peu ou prou du dernier état de cette <italic>villa suburbana</italic> dont le matériel collecté lors de prospections pédestres atteste une occupation s’étirant du i<sup>er</sup> au iv<sup>e</sup> siècle. L’agencement de la partie sud du site est proche de celui qui a été évoqué précédemment pour la <italic>villa</italic> d’ « Estoube ». Une galerie en « U » aux ailes parallèles dissymétriques d’environ 140 m<sup>2</sup> s’ouvre sur une cour de 351 m<sup>2</sup>. La galerie ouest est bordée par un long bâtiment partiellement perçu divisé en deux salles de tailles différentes. Il pourrait s’agir de la <italic>pars rustica</italic> dont la forme se rapproche des bâtiments de Lestagnac (Lact. 80), une installation vinicole bien identifiée<named-content content-type="link-text">9</named-content> qui fonctionne des années 70 au début du ii<sup>e</sup> siècle. D’autres structures du même type, interprétées comme des chais, se retrouvent encore dans le Gers. C’est le cas notamment des <italic>villae</italic> de « Lart-Enhisse » (Ausc. 68) et de « La Toulette » (Ausc. 3). L’aile ouest est quant à elle occupée par une structure de 117 m<sup>2</sup> correspondant selon toutes vraisemblances à un balnéaire. La salle carrée la plus méridionale semble correspondre à un <italic>frigidarium</italic> de 60 m<sup>2 </sup>flanqué d’un bassin semi-circulaire en saillie de 24,6 m<sup>2</sup>. Le nord de la <italic>pars urbana</italic> forme un grand carré de 309, 7 m<sup>2</sup> enfermant une cour carrée d’environ 107, 5 m<sup>2</sup>.</p>
      <fig id="fig-17">
        <label>Fig. 17.</label>
        <caption>
          <p>Figure 17. Plans normalisés de deux <italic>uillae</italic> suburbaines de Lectoure.</p>
        </caption>
        <alt-text>Plans normalisés de deux uillae suburbaines de Lectoure.</alt-text>
        <graphic xlink:href="https://www.documentauniversitaria.media/fundus/files/media/1/204-Fig17+-+villae+lectoure.gif"/>
      </fig>
      <p>Le plan de cette <italic>villa</italic> suburbaine est donc atypique car il semble mêler deux plans bien connus en Aquitaine méridionale : un « carré avec galerie de façade » et un « U » à galerie ouverte sur une cour comme on le retrouve notamment dans la <italic>villa</italic> d’ « Estoube ».</p>
      <p>Deux autres sites ont retenu notre attention. Il s’agit des <italic>villae </italic>suburbaines de « Saint-Paul » à Jegun (Ausc. 59) et de « Coupéré » à Saint-Bertrand-de-Comminges (Conu. 23). Nous les présenterons ensemble car, si leur implantation n’est pas identique (l’une en périphérie directe d’une agglomération secondaire et l’autre en périphérie directe d’un chef-lieu de cité), leurs plans sont très similaires. Ils sont tous les deux organisés autour d’une grande galerie de superficies assez proches : 223,9 m<sup>2</sup> pour « Saint-Paul » et 241,5 m<sup>2</sup> pour « Coupéré ».</p>
      <p>L’établissement de « Coupéré » à Saint-Bertrand-de-Comminges a fait l’objet d’un programme de recherches mené par R. Sablayrolles entre 1989 et 2004 (Fincker et al., 2015) (Fig. 18a). Il s’agit d’une vaste <italic>villa suburbana </italic>de 1992 m<sup>2</sup> qui succède au milieu du ii<sup>e</sup> siècle à un <italic>campus</italic> construit dans les années 20-40. Sa proximité directe avec la ville antique semble avoir fait douter certains chercheurs quant à sa nature. Il en est ainsi de P. Leveau qui évoque rapidement l’établissement au détour d’une réflexion sur le mot « suburbain » et « l’utilisation qu’en fait R. Sablayrolles » (Leveau, 2022, p. 173). Les 233 m qui séparent l’établissement du centre de <italic>Lugdunum</italic> peuvent laisser penser qu’il faisait encore partie de l’agglomération. Il n’y a alors qu’un pas pour en faire une <italic>domus. </italic>Pourtant, il nous semble que le doute n’est pas permis et nous appuierons l’analyse qu’en fait le fouilleur. Le plan, tout d’abord, est celui d’une <italic>villa</italic> et il ressemble en de nombreux points à celui de la <italic>villa</italic> de Montmaurin « La Hillère » (Conu. 20). De nombreux équipements sont aussi caractéristiques des riches demeures aristocratiques rurales d’Aquitaine. Enfin, sa décoration et son orientation laissent entrevoir un établissement de type aristocratique tourné vers l’<italic>otium</italic>. Tout d’abord, l’établissement est organisé autour d’une galerie en forme de « U » dissymétrique de 241 m<sup>2</sup> encadrant une grande cour de plus de 1000 m<sup>2</sup>. Cette grande galerie s’ouvre à l’est, tournant ainsi le dos à la ville et s’ouvrant sur un splendide paysage montagnard. Par ailleurs, la grande salle de réception centrale en saillie, est totalement ouverte sur la galerie centrale permettant ainsi de donner directement sur le majestueux Pic du Gar, à l’instar du belvédère de la <italic>villa</italic> du quartier « Saint-Michel » de Lescar qui s’ouvre sur le Pic du Midi d’Ossau. Cette grande salle de réception doit être interprétée comme un <italic>triclinium </italic>d’été de 108 m<sup>2</sup>. Ce type de salle à manger d’été est bien connu dans d’autres <italic>villae </italic>d’Aquitaine comme à Lalonquette (Bena. 12 et 13), Labastide-d’Armagnac (Elus. 14 et 15) ou encore à Montmaurin « La Hillères » (Conu. 20) pour ne citer que quelques exemples. Cette pièce centrale était encadrée par quatre pièces se succédant au nord et une au sud venant s’appuyer contre le balnéaire. La partie sud de l’habitation comprend une immense salle de réception d’apparat chauffée au sol. Elle était flanquée d’une exèdre rectangulaire pour une surface totale de 266 m<sup>2</sup>. Deux petites pièces carrées chauffées par des hypocaustes à gaines rayonnantes et desservies par une petite salle centrale de même dimension sont rajoutées dans le dernier tiers du iii<sup>e</sup> siècle. D’un point de vue décoratif, si les enduits peints peu colorés ne semblent pas se démarquer, nous noterons des descripteurs ostentatoires de premier ordre comme de nombreux éléments architectoniques (chapiteaux, plinthes, chambranles, moulures en marbre) et surtout, fait rare, des tesselles de mosaïques en verres polychromes dont certaines étaient recouvertes de feuilles d’or. Ce type d’ornementation murale en <italic>opus musivum</italic> (généralement dans les balnéaires) a été très rarement relevé en Aquitaine méridionale. Seules 8 <italic>villae</italic> en possédaient selon les données actuelles : 4 en territoire auscitain, 2 chez les Convènes, 1 chez Elusates et 1 chez les Lactorates. Il faut considérer cet élément décoratif comme distinctif des habitats propres à la <italic>nobilitas</italic>. Tous les éléments relevés ici, qu’ils soient architecturaux ou décoratifs, nous invitent à ne pas douter du caractère aristocratique de cette demeure ni de sa nature. Il s’agit certainement d’une des plus fastueuses <italic>villae </italic>suburbaines d’Aquitaine méridionale.</p>
      <fig id="fig-18">
        <label>Fig. 18.</label>
        <caption>
          <p>Figure 18. Plans normalisés des <italic>uillae</italic> suburbaines de « Coupéré » et « Saint-Paul ».</p>
        </caption>
        <alt-text>Plans normalisés des uillae suburbaines de « Coupéré » et « Saint-Paul ».</alt-text>
        <graphic xlink:href="https://www.documentauniversitaria.media/fundus/files/media/1/204-Fig18-Coupéré-Saint-Paul.gif"/>
      </fig>
      <p>La <italic>villa suburbana</italic> de « Saint-Paul » de Jegun (Ausc. 59) semble assez similaire au cas précédent. Elle fut l’objet de nombreuses campagnes de prospections pédestres en 1983, 1994, 2002 et 2004 et aérienne en 1992, 2002 et 2004<named-content content-type="link-text">10</named-content>. Sa particularité vient du fait qu’elle surplombe, à seulement 350 m de distance, une agglomération secondaire repérée lors de prospections aériennes par C. Petit-Aupert. Cette proximité est surprenante, comme pour la <italic>villa</italic> de « Coupéré ». Son orientation l’est tout autant. Loin de tourner le dos à la ville comme dans l’exemple précédent, elle est au contraire totalement ouverte vers cette dernière, comme pour marquer sa domination sur cette petite agglomération (Fig. 19). Son plan est similaire à celui de « Coupéré » et s’organise autour d’un « U » matérialisé par une galerie de 223 m<sup>2</sup> encadrant une cour de plus de 1090 m<sup>2 </sup>(Fig. 18b). La superficie couverte avoisine les 1843 m<sup>2</sup> et compte 41 salles, soit 18 de plus que celle de « Coupéré ». Deux pièces se distinguent par leur ampleur. Elles sont identiques et disposées dans les deux angles, en saillie vers l’extérieur. Elles ne mesurent pas moins de 162 m<sup>2</sup> chacune. La décoration est ostentatoire : mosaïques polychromes, éléments architectoniques en marbre variés (placages, plinthe, moulure ou encore colonnes). Nous remarquerons que cette <italic>villa</italic> fait partie des 8 établissements possédant des décorations en <italic>opus musivum </italic>que nous venons d’évoquer. Cette demeure est donc aussi à ranger parmi les plus luxueuses d’Aquitaine méridionale.</p>
      <fig id="fig-19">
        <label>Fig. 19.</label>
        <caption>
          <p>Figure 19. Situation de la <italic>uilla</italic> de « Saint-Paul » de Jegun vis-à-vis de l’agglomération.</p>
        </caption>
        <alt-text>Situation de la uilla de « Saint-Paul » de Jegun vis-à-vis de l’agglomération.</alt-text>
        <graphic xlink:href="https://www.documentauniversitaria.media/fundus/files/media/1/204-Fig19+-+Agglo+st+paul.gif"/>
      </fig>
      <p>Ces deux cas, similaires architecturalement, sont atypiques d’un point de vue de leurs implantations. L’extrême proximité de la <italic>villa </italic>de « Coupéré » avec la ville de <italic>Lugdunum Convenarum </italic>nous montre à quel point la porosité entre la campagne et la ville rendent difficile l’interprétation de certains sites, ce qui tendrait à valider les remarques formulées par Ph. Leveau. Nous serions face à une des <italic>villae </italic>les plus « urbaines » d’Aquitaine méridionale. Quant à celle de « Saint-Paul » à Jegun, sa situation nous laisse perplexe quant à sa nature profonde. Doit-on la considérer comme une véritable <italic>villa</italic>, c’est-à-dire un habitat élitaire dispersé ou doit-on y voir au contraire un élément constitutif de la petite agglomération rurale attenante ? Il est certain que cette <italic>villa</italic> ne peut être étudiée pour elle-même mais bien relation avec les habitats agglomérés qu’elle domine en contrebas.</p>
      <p>Nous avons donc pu constater que les données portant sur les <italic>villae</italic> suburbaines se sont largement étoffées ces vingt dernières années et si C. Balmelle ne pouvait disposer que d’un seul plan il y a 21 ans, nous pouvons en utiliser désormais cinq supplémentaires<named-content content-type="link-text">11</named-content>, en ne prenant en compte que les plans les plus complets. Ce n’est certes pas beaucoup si l’on se réfère à l’ensemble de ce vaste territoire qu’est l’Aquitaine méridionale mais c’est un progrès notable qu’il nous faut souligner. Nous ne pourrons pas tirer de généralités ou de règles clairement établies, mais certains éléments sont à mettre en exergue.</p>
      <p>Tout d’abord, nous remarquerons qu’une seule de ces <italic>villae</italic> connait une durée de vie courte, inférieure ou égale à un siècle (« Estoube »). Les trois autres demeures se maintiennent jusqu’à la fin du iv<sup>e</sup> voire jusqu’au vi<sup>e</sup> siècle dans le cas de « Coupéré ». C’est aussi le cas de la <italic>villa</italic> de « Céros » dans le <italic>suburbium </italic>d’<italic>Aquae Tarbellicae</italic> / Dax découverte très récemment.</p>
      <p>Ensuite, nous remarquerons que la <italic>villa</italic> alta-impériale d’« Estoube » qui périclite rapidement et celle de « Saint-Michel » dans sa phase du Haut-Empire, présentent un plan relativement modeste ne serait-ce qu’au niveau des superficies. Cependant, cette constatation ne s’applique pas qu’aux <italic>villae</italic> suburbaines mais bien à l’ensemble des <italic>villae</italic> du Haut-Empire en Aquitaine méridionale.</p>
      <p>Nous remarquerons aussi que quatre de ces résidences rurales (5 si nous comptons la <italic>villa </italic>de Lescar durant le Haut-Empire), présentent un plan assez typique en « U » que nous n’avons cessé d’évoquer. C’est peut-être un heureux hasard mais sur l’ensemble des 77 plans connus en Aquitaine méridionale, seule deux <italic>villae</italic> implantées loin de la ville arborent une telle organisation. Il s’agit de celles de Lalonquette et de « La Hillère » à Montmaurin (Conu. 20) (Fig. 20). Cette dernière a d’ailleurs été interprété initialement par son fouilleur, G. Fouet, comme un sanctuaire des eaux tant son plan était atypique. C. Balmelle, qui trouvait aussi ce plan original, a bien démontré qu’il s’agissait d’une <italic>villa</italic> aristocratique en raison de caractéristiques indéniables : plusieurs salles de réceptions de formes caractéristiques (dont un <italic>triclinium </italic>d’été central ouvert sur la galerie) et des décorations fastueuses. Une pièce de cette <italic>villa</italic> a d’ailleurs retenu notre attention. Il s’agit d’une sorte de couloir que G. Fouet avait interprété comme étant le vestibule d’entrée donnant directement sur la galerie ouverte. Voilà une originalité qui détonne tant la forme de ce <italic>vestibulum </italic>est quelconque et la superficie faible pour une demeure aristocratique tardive. Les vestibules observés dans les <italic>villae</italic> tardives étant tellement élaborés et recherchés dans leurs formes architecturales ont conduit C. Balmelle à ne pas considérer le « couloir » de « La Hillère » comme faisant partie de cette catégorie. Pourtant, en reprenant la documentation de G. Fouet, nul doute que cette pièce possédant l’unique pas de porte vers l’extérieur soit le vestibule d’entrée. G. Fouet avait donc raison. Et nous pouvons l’affirmer d’autant plus que la <italic>villa</italic> de « Coupéré », découverte plus récemment, est munie du même type de vestibule d’entrée ouvrant sur la galerie. Nous pouvons ainsi proposer la même interprétation pour le long et étroit corridor visible sur le plan aérien de la <italic>villa</italic> de « Saint-Paul ».</p>
      <fig id="fig-20">
        <label>Fig. 20.</label>
        <caption>
          <p>Figure 20. Plan de la <italic>uilla</italic> de « La Hillère ».</p>
        </caption>
        <alt-text>Plan de la uilla de « La Hillère ».</alt-text>
        <graphic xlink:href="https://www.documentauniversitaria.media/fundus/files/media/1/204-Fig20-La-Hillere.gif"/>
      </fig>
      <p>Le dernier constat que nous pouvons dresser — en lien avec le précédent argument concernant les vestibules — est que, si la mise en scène propre à ces demeures suburbaines n’était pas négligée lorsqu’il fallait ouvrir la <italic>pars urbana</italic> vers un paysage original (les Pyrénées par deux fois ou encore une agglomération en contrebas), le plan était quant à lui bien moins complexe que la plupart des grandes <italic>villae</italic> tardives. Les cheminements offerts aux invités étaient bien plus recherchés dans bon nombre de <italic>villae</italic> des iv<sup>e</sup>-v<sup>e</sup> siècles, avec une multitude de salles qui se succédaient dès l’entrée de la demeure, telle que celles de Lalonquette pour ne citer qu’un exemple fastueux. Dans le cas présent, à l’exception notable de la <italic>villa </italic>« Saint-Michel » de Lescar, un simple petit vestibule-corridor faisait l’affaire. De plus, toutes ces <italic>villae</italic> surburbaines qui perdurent à l’époque tardive semblent maintenir le même plan en « U », même si quelques améliorations mineures peuvent être apportées. Là encore, la <italic>villa </italic>de Lescar, détruite et reconstruite entre le Haut-Empire et l’Antiquité tardive, fait figure d’exception. Nous n’assistons donc pas à la monumentalisation que connaissent toutes les <italic>villae </italic>auliques rurales (monumentalisation qui font leur réputation) dans le cas des <italic>villae </italic>suburbaines connues.</p>
      <p>Nous désirions pour finir évoquer le cas du site de « Larajadé » dans le territoire de la cité d’Auch pour les difficultés d’interprétation que son plan nous pose. Les problèmes de définition des établissements perçus par l’archéologie touchent en effet particulièrement la <italic>villa</italic>, parfois confondue avec le <italic>uicus</italic><named-content content-type="link-text">12</named-content>.</p>
      <p>Le site de « Larajadé » a fait l’objet d’une une fouille préventive dirigée par J.-L. Boudartchouk en 1996-1997 lors de travaux de déviation de la RN 124. L’opération a permis de dégager un établissement situé à 2,47 km de la ville antique d’Auch<named-content content-type="link-text">13</named-content>. Il s’agit d’un bâtiment compact parfaitement carré de 361 m<sup>2</sup> dans son premier état construit dans les années 70-80, lequel compte 14 pièces de tailles relativement similaires, organisées autour d’une grande pièce centrale carrée (Fig. 21a). Le plan de cet établissement rappelle ceux des petites <italic>domus</italic> à <italic>atrium </italic>tétrastyle. Le confort y est sommaire puisque les sols sont faits de terre battue et aucun hypocauste n’a été découvert. Les fragments d’enduits peints bleus et rouges pompéiens retrouvés ne peuvent à eux seuls donner un caractère aristocratique à la bâtisse. Une galerie de façade encadrée par deux pavillons est ensuite rajoutée vers la fin du i<sup>er</sup> siècle ou au début du suivant, soit dans un temps assez court après la fondation de l’édifice (Fig. 21b). La superficie totale passe alors à 478,8 m<sup>2</sup> et des hérissons de galets remplacent les sols en terre battue. L’ensemble est abandonné dans les années 170, ce qui porte la durée d’occupation à seulement un siècle. Si ce plan carré à galerie de façade est assez typique de certaines <italic>villae</italic> attestée ailleurs en Gaule, certains éléments sont tout de même surprenants. Tout d’abord l’absence de descripteurs ostentatoires prouvés par cette fouille exhaustive laisse à penser que s’il s’agissait d’une petite <italic>villa suburbana </italic>alta-impériale qui n’était pas vouée à l’<italic>otium</italic> cher aux élites terriennes. Nous pourrions alors nous attendre à trouver là un exemple de <italic>villa</italic> uniquement tournée vers le <italic>fructus</italic> (essentiellement la culture céréalière) dont l’économie serait donc résolument tournée vers la ville voisine d’Auch. Cependant, aucune trace de <italic>pars rustica </italic>n’a été observée dans les alentours alors qu’un large décapage a été entrepris. Si la bipartition classique de la <italic>villa</italic> n’est donc pas de mise, nous pourrions envisager que certaines pièces étaient vouées au stockage des productions comme cela peut être le cas dans certaines fermes gersoises à l’instar celle du « Bustet » dans le Lectourois ou encore celle de « Trébesson » à Oeyregave chez les <italic>Aquenses</italic>.</p>
      <fig id="fig-21">
        <label>Fig. 21.</label>
        <caption>
          <p>Figure 21. Evolution architecturale du site de « Larajadé » et proposition d’interprétation.</p>
        </caption>
        <alt-text>Evolution architecturale du site de « Larajadé » et proposition d’interprétation.</alt-text>
        <graphic xlink:href="https://www.documentauniversitaria.media/fundus/files/media/1/204-Fig21-Larajade.gif"/>
      </fig>
      <p>Il n’en demeure pas moins que les superficies très régulières des pièces qui entourent l’<italic>atrium</italic> ainsi que les traces de foyers retrouvées sur le sol en terre battue de nombreuses salles du premier état peuvent laisser penser qu’il pourrait s’agir d’un établissement accueillant des voyageurs. Nous pourrions alors l’interpréter plutôt comme un relais routier. Cependant, l’éloignement relatif du réseau viaire ne plaide pas en faveur de cette hypothèse (plus de 1,2 km). Les <italic>stationes</italic> sont généralement implantées en bordure directe de la route. J.-L. Boudartchouk avait comparé le plan de « Larajadé » avec toute une série de <italic>villae</italic> vaguement similaires. Mais le plan de cet établissement est unique en Aquitaine méridionale et les seules comparaisons approximatives se retrouvent dans le nord et l’est de la France ainsi qu’en Allemagne et en Belgique, ce qui ne nous semble pas éloquent (Boudartchouk, 1998, p. 26-27 et 2003, fig. 42).</p>
      <p>Nous nous sommes donc tournés sur des structures de plans similaires en Grande-Bretagne et en Catalogne sans tenir compte de leur nature (Fig. 22). Il s’avère que les plans les plus ressemblants concernent des établissements militaires britanniques clairement identifiés. De plus, le site de « Mas Gusó » en Catalogne, implanté dans le <italic>suburbium</italic> d’<italic>Emporiae</italic> (à 5 km de la ville) est en tous points similaire et s’agit là aussi, selon les interprétations des chercheurs, d’un site de casernement militaire (Casas et al., 2015). En partant de l’hypothèse que le site de « Larajadé » serait lui aussi à vocation militaire, il est intéressant de se pencher sur quelques éléments. Tout d’abord, sa localisation géographique est étonnante pour un site prétendument agricole et élitaire. L’établissement est localisé dans la partie basse d’un coteau exposé au nord dans une zone très humide. De son propre aveu, J.-L. Boudartchouk affirme que ce choix pour « l’emplacement d’une <italic>villa</italic> ne cesse d’étonner (…) la logique voudrait que le bâtiment ait été construit sur l’autre versant » (Boudartchouk, 1998, p. 26). Nous rejoignons parfaitement son analyse car la position est peu propice à l’installation d’une <italic>pars urbana </italic>de <italic>villa</italic>. En revanche, comme le note le fouilleur, cette position « permettait (…) d’embrasser l’ensemble du terroir se développant en aval, en direction du Gers ». Il s’agit donc bien d’une position stratégique pour contrôler le territoire environnant. De plus, implanté à 2,5 km au nord de la ville d’Auch, l’établissement de « Larajadé » est à quasi-équidistance des voies menant à Eauze (tronçon supposé à 1,47 km) et Lectoure (tronçon assuré par l’archéologie à 1,33 km). De ce fait, cette implantation stratégique permet donc un accès direct à Auch et de rejoindre très rapidement les deux routes principales menant aux deux autres chefs-lieux de cité gersois. Ensuite, d’un point de vue architectural, comme nous l’avons déjà indiqué, les différentes pièces possédant la même superficie s’ouvraient directement sur la petite cour carrée intérieure. Il pourrait alors s’agir de chambres pour la plupart équipées de foyers. Ceci expliquerait le peu d’investissement consenti à la décoration et au confort tels que les marbres, les sols mosaïqués ou encore le chauffage par hypocauste. Par ailleurs, le puissant drain permettant de collecter les eaux en longeant les façades sud et ouest et aboutissant à un puisard est une structure totalement inédite pour une « <italic>villa</italic> » d’Aquitaine. Comme le note J.-L. Boudartchouk, cette installation « rappelle celle d’un égout urbain » et a dû nécessiter l’intervention de « techniciens venus de la ville voisine » (Boudartchouk, 1998, p. 27). Pour terminer, il est intéressant de noter que dans le recensement des 372 sites pouvant correspondre à des <italic>villae</italic> dans notre thèse en cours<named-content content-type="link-text">14</named-content>, celui de « Larajadé » est le seul à posséder une entrave-cadenas (<italic>catena</italic>) (Boudartchouk, 1998, p. 24). Cet élément articulé et possédant une « boite-cadenas à ressorts en paillettes » a été retrouvé fermé. Le fouilleur s’interroge sur la position sociale du <italic>dominus</italic> d’une si petite <italic>villa</italic> qui possèderait des esclaves qu’il voit comme l’apanage des <italic>latifundia</italic>. Il semblerait davantage que ce type d’entraves soit utilisé pour les prisonniers car des artéfacts identiques en tous points ont été retrouvés uniquement dans des sites militaires de la même époque dans le Saintonge (Feugère et al., 1992, p. 53).</p>
      <fig id="fig-22">
        <label>Fig. 22.</label>
        <caption>
          <p>Figure 22. Plan normalisés de « Larajadé » remis en contexte avec d’autres <italic>stationes</italic>.</p>
        </caption>
        <alt-text>Plan normalisés de « Larajadé » remis en contexte avec d’autres stationes .</alt-text>
        <graphic xlink:href="https://www.documentauniversitaria.media/fundus/files/media/1/204-Fig22+-+stationes.gif"/>
      </fig>
      <p>L’ensemble de ces indices nous force à abandonner l’idée que le site suburbain de « Larajadé » correspondrait à une petite <italic>villa</italic> alta-impériale. L’hypothèse la plus viable serait donc celle d’un établissement militaire fonctionnant durant un siècle, des années 70 à 170, soit approximativement du règne de Vespasien à celui de Marc-Aurèle. Si notre hypothèse s’avère correcte, il s’agirait donc d’un <italic>unicum</italic> en Aquitaine méridionale et viendrait renforcer le très maigre dossier des installations militaires du sud de la grande Aquitaine augustéenne.</p>
    </sec>
    <sec id="index-3">
      <title>Conclusion : un premier bilan sur l’occupation élitaire des suburbia d’Aquitaine méridionale</title>
      <p>D’un point de vue spatial, nous conclurons sur le fait que le rayon de 1 à 3 km (comprenant à lui seul 58 % des sites retenus ; 70,8 % si l’on prend l’ensemble des <italic>villae</italic> situé entre 200 m et 3 km) semble constituer — en l’état de nos connaissances — une distance préférentielle pour l’implantation des habitats périurbains des élites, ce qui entre en résonnance avec les propos d’Ausone lorsqu’il évoque son domaine dans le <italic>suburbium </italic>de <italic>Burdigala</italic>. Cette distance inférieure à l’heure de marche présente de nombreux avantages d’accessibilité et donc des atouts sociaux et économiques incontestables. Il reste bien évidemment à affiner ces chiffres en se réservant la possibilité d’examiner les situations au cas par cas, à l’échelle de la ville et de ses configurations propres. Enfin, des analyses de distances anisotropiques (plus pertinentes pour l’analyse des distances / temps) pourraient également nous permettre de poursuivre plus avant la définition de ces zones suburbaines. Notre propos visait avant tout à croiser la documentation disponible et à proposer une première approche de ces <italic>suburbia</italic> sud-aquitains, un type de travail qui restait jusqu’ici fort inusité pour la région considérée.</p>
      <p>Les <italic>suburbia</italic>, si difficiles à définir comme nous l’avons vu, semblent avoir abrité en Aquitaine méridionale des <italic>villae</italic> d’un genre particulier, si ce n’est original, sur le plan architectural. Il serait certes imprudent de tirer des conclusions hâtives à ce sujet, compte tenu du faible nombre de <italic>villae suburbanae </italic>fouillées ou repérées en prospection, mais il est intéressant de noter cette prépondérance des plans en « U », que ce soit durant le Haut-Empire que durant l’Antiquité tardive. Ces <italic>villae</italic> n’appartiennent jamais aux catégories les plus imposantes par la taille mais témoignent toujours d’une certaine forme de confort et/ou de luxe. C’est le cas par exemple de la <italic>villa</italic> « d’Estoube » dans le Gers dotée d’un balnéaire et d’une <italic>natatio</italic> indépendante d’un type rarement observé en Aquitaine méridionale, surtout au Haut-Empire ; mais c’est aussi le cas de la <italic>villa </italic>de « Coupéré » et de ses très riches décorations aux portes même de la ville de <italic>Lugdunum Conuenarum</italic>. Dans le cadre de nos recherches nous avons tenté une hiérarchisation des 77 plans de <italic>villae </italic>disponibles, toutes périodes confondues. Pour cela nous avons couplé une CAH (Classification Ascendante Hiérarchique) et une Analyse Factorielle de correspondances (AFC)<named-content content-type="link-text">15</named-content>. Deux grandes classes sont apparues (1 et 2) divisées en quatre sous-classes (1A, 1B, 2A, 2B) elles-mêmes divisées en neuf sous-catégories (1A1, 1A2, 1B1, 1B2, 2A1, 2A2, 2B1, 2B2, 2B3)<named-content content-type="link-text">16</named-content> (Fig. 23). Les six plans de <italic>villae</italic> suburbaines ont ainsi été intégrés à cette analyse. Curieusement, ils se répartissent de façon équitable dans deux sous-catégories. Les deux <italic>villae </italic>en « U » de « Coupéré » (Conu. 23), « Saint-Paul » (Ausc. 58) ainsi que celle de l’état tardif de « Saint-Michel » (Bena. 13) se retrouvent dans une sous-catégorie élevée (1B1) tandis que les deux <italic>villae </italic>de Lectoure « Au Moulin » (Lact. 36), « Estoube » (Lact. 40) ainsi que celle de « Saint-Michel » (Bena. 12) au Haut-Empire (Etat 2) sont regroupées dans une sous-catégorie plus basse (2A2). Ces dernières sont donc inférieures de 3 échelons par rapport aux premières. Nous nous garderons d’émettre des conclusions péremptoires face à un si petit nombre d’individus mais nous nous permettrons de formuler deux remarques. Tout d’abord, peut-être est-ce le fruit du hasard, les six plans trouvent leur place dans seulement deux sous-catégories. Cela semble montrer une certaine homogénéité dans les types de plans voulus par les propriétaires de ces <italic>villae</italic> suburbaines. Ces six plans ont tout de même été inclus dans une analyse qui en comptait 71 autres ce qui renforce un tant soit peu cette hypothèse. Enfin, nous remarquerons que ces plans, quelle que soient les deux sous-catégories dans lesquelles ils s’inscrivent, ne rentrent pas dans les deux sous-catégories supérieures (1A1 et 2) ni dans les deux inférieures (2B1 et 2). Les plans du Haut-Empire et de l’Antiquité tardive de la <italic>villa </italic>de « Céros » à Saint-Paul-les-Dax, non pris en compte dans cette étude, tendent à confirmer partiellement ce constat. Le plus ancien des deux (Aque. 10a) s’inscrit dans la catégorie 2B1, donc juste inférieure d’un échelon à la plus basse de nos deux sous-catégories. Quant à celui de l’Antiquité tardive (Aque. 10b), il vient se ranger une fois de plus dans la sous-catégorie 1B1 venant de ce fait renforcer ce contingent.</p>
      <fig id="fig-23">
        <label>Fig. 23.</label>
        <caption>
          <p>Figure 23. Classification hiérarchique selon les analyses factorielles.</p>
        </caption>
        <alt-text>Classification hiérarchique selon les analyses factorielles.</alt-text>
        <graphic xlink:href="https://www.documentauniversitaria.media/fundus/files/media/1/204-Fig23.gif"/>
      </fig>
      <p>Les élites qui agissaient dans ces territoires insérés entre ville et campagne semblent, au premier regard, investir dans deux catégories de <italic>villae</italic>. Les plus petites semblent clairement s’orienter vers le <italic>fructus</italic> tandis que les plus grandes laissent entrevoir que l’<italic>otium</italic> y était clairement recherché. Si de gros efforts financiers y sont consentis dans une recherche de luxe et de confort, nous noterons que les investissements somptuaires ne sont jamais équivalents à ceux des grandes <italic>villae </italic>auliques tardives bien plus éloignées de la ville. Ce n’est qu’une hypothèse mais il serait tentant de penser que les propriétaires des grosses <italic>villae suburbanae</italic> tardives, de la sous-catégories 1B1 se devaient de déployer un luxe suffisant pour y recevoir — hors des murs de la ville proche — des hôtes de marque, clients et <italic>amici</italic>, afin de mettre leur rang en valeur. Cependant, elles n’ont fait l’objet d’aucun investissement extravagant. Nous sommes bien loin des <italic>villae</italic> de Moncrabeau « Bapteste » (Lact. 58b) ou encore de Montmaurin « Lassalles » (Conu. 18). Il semblerait en effet inutile de déployer un tel faste aux portes mêmes de la ville sachant que le propriétaire pouvait regagner sa <italic>domus</italic> en moins d’une heure de marche.</p>
      <p>Peut-être pouvons-nous voir là des marqueurs, tant géographiques qu’architecturaux, de cet espace qui n’est ni l’<italic>urb</italic>, ni l’<italic>ager</italic> ; des éléments caractéristiques de ce « tiers-espace » comme l’appellent les géographes de la France contemporaine. Ces <italic>villae suburbanae </italic>d’Aquitaine méridionale semblent jouer un rôle clé dans les idéaux élitaires, de l’<italic>otium au fructus</italic>. Leur rareté renforce d’autant plus leur importance tant leur présence devait écraser les paysages des abords de la ville. Ces <italic>domini </italic>marquaient ainsi de leur empreinte les territoires proches des agglomérations, renforçant ainsi leur domination et leur prestige. Cette première approche des élites dans les <italic>suburbia</italic> mériterait d’être affinée mais permet de poser des jalons sur une problématique peu développée encore pour les territoires aquitains.</p>
    </sec>
    <sec id="sec-10">
      <title>Notes</title>
    </sec>
    <sec id="index-4">
      <title>Bibliographie</title>
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      <p>Cette recherche n’a pas reçu de sources de financement externes.</p>
      <p>L’auter déclare qu’il n’y a pas de conflit d’interêts.</p>
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